La banalité du quotidien?

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– Sortir de chez soi en journée et se faire accoster 20 m plus loin par un groupe d’hommes, puis devoir repasser devant ce même groupe 2h plus tard, et se faire interpeller et siffler jusqu’à avoir atteint la porte de l’immeuble.
– Devoir attendre quelqu’un plus d’1h devant la gare, seule, sans téléphone et se faire reluquer et accoster par une bonne douzaine d’hommes, les uns après les autres, y compris des «agents de sécurité».
– Entendre un «Hé mate-moi ce qui arrive là!» en passant devant un bar en plein après-midi.
– Devoir détourner la tête en passant devant un groupe de jeunes au regard insistant.
– Faire semblant d’être au téléphone en rentrant tard le soir, pour dissuader quelconque approche.


Combien de fois vous avez vous aussi vécu ce genre de situations? A croire que c’est devenu une normalité (c’est d’ailleurs ce que certaines femmes pensent)!

Ca fait depuis quelques temps déjà que j’essaie de participer à la mobilisation contre le harcèlement de rue, qui commence à se répandre un peu partout sur internet, et même dans notre entourage.
Toutes les situations citées plus haut sont des situations que j’ai vécu, plus ou moins souvent et à des degrés différents. Il y en a eu d’autres mais je ne vais pas vous en faire une liste exhaustive (ça deviendrait un peu ennuyeux et répétitif pas vrai?).
Certains ou certaines en lisant ces différents exemples se demanderont sûrement comment j’étais habillée, quelle était mon attitude, dans quel type de lieu ou ville ça m’est arrivé et quel genre de fille je suis pour susciter des comportements pareils… Eh bien figurez-vous que peu importe que je sois en jupe, en pantalon (moulant ou non), avec un manteau ou un débardeur, les comportements restent les mêmes. Et je ne suis pas non plus du genre à rouler des mécaniques lorsque je marche dans la rue, ni à lancer des regards genre caramel mou en direction de la gente masculine…
Quand bien même ce serait le cas, est-ce que ça serait une raison pour me manquer de respectNON!
Et pourtant, lorsqu’une femme se fait agresser dans la rue, on commence souvent par demander comment elle était habillée, et tout à coup, une simple jupe devient un motif valable pour accosterharceleragresser, voire violer. Et lorsque je dis ça, c’est aussi pour montrer que non les hommes ne sont pas les seuls concernés, car on entend aussi souvent d’autres femmes dire « qu’elle l’a bien cherché celle-là » ou « qu’en même temps si elle ne s’habillait pas comme une pute… » (eh oui le slut-shaming ça vous dit quelque chose?).

J’ai envie de dire : « Mais alors on a plus le droit de montrer ses genoux ou ses épaules? Ni de sortir seule? Et encore moins le soir alors! » MAIS NON! Puisque peu importe la tenue et le contexte, il y a toujours un certain nombre d’hommes pour nous faire regretter de nous trouver là, pour nous faire regretter d’être une femme simplement. Et que même en jogging, ceux-là trouveront toujours un truc pour nous humilier… Oui, il m’est souvent arrivé de regretter de ne pas être un homme, de me dire que tout aurait été différent si je n’avais pas été une femme, un peu triste non?

J’ajoute que contrairement à ce que j’entends souvent, non ça n’arrive pas qu’à Paris, en banlieue ou dans les cités. Pour vous dire, je ne compte plus les fois où ça m’est arrivé dans les rues calmes de jolies petites villes bourgeoises de province, tandis qu’en un an et pas mal de séjours à Paris, en banlieue et dans le métro je ne me souviens que d’une fois. Et je précise, car j’ai lu des discours dignes du Moyen-Age, ça n’a absolument aucun rapport avec la couleur de peau ou l’origine de ces « harceleurs ».

Si aujourd’hui j’ai décidé d’écrire cet article, c’est tout d’abord car je n’en peux plus de subir et de voir d’autres femmes et jeunes filles subir ça, parce que j’en ai marre qu’on nous considère comme des morceaux de barbaque bien fraîche, et aussi parce que je me suis aperçue d’un truc un peu plus grave : Mon entourage (et les hommes en particulier) ne se rend pas compte de tout ça!

En peu de temps j’ai souvent été confrontée à des situations de harcèlement et à chaque fois j’en ai fais part à mon Copain, aux gens autour de moi pour qu’ils se rendent compte que non, ça n’arrive pas que dans les journaux, que non, il n’y a pas besoin de porter tel vêtement ou d’avoir telle attitude pour ça. Parce que si on subit sans en parler, alors on ne pourra jamais faire changer les choses. Les hommes de mon entourage à qui j’ai parlé de tout ça ne se doutaient pas que le harcèlement de rue était si courant, normal : lorsqu’une femme marche dans la rue accompagnée d’un homme alors on la laisse tranquille! Bien sûr qu’on ne m’a jamais accostée les fois où je sortais en ville avec mon Copain! Et puis ils ne prenaient pas ça au sérieux, certaines femmes non plus d’ailleurs, et il est assez dur de leur expliquer et de leur faire comprendre que si, c’est important.

Ce qu’ils ne savent pas non plus, c’est ce que tout ce harcèlement engendre, est-ce que c’est normal qu’à cause de ce genre de comportement une femme se sente obligée de ne plus porter ni jupe, robe, ni chaussures à talons, de ne plus arborer aucun attribut féminin (car oui il y en a des femmes qui sortent en jogging, en cachant toute trace de féminité pour être tranquille), d’éviter de sortir le soir, ou alors accompagnée, qu’elle ait peur lorsqu’elle est seule, bref, qu’elle vive dans la crainte et se prive de certaines de ses libertés? Tout ça parce que certains hommes ne savent pas se contrôler? Pour moi on est loin de la libération de la femme qui a été si dure à obtenir.

Mais du coup le fait qu’on commence à beaucoup en parler suscite des réactions du genre : « Ca y est encore un nouveau truc! » ou « Comme si ça datait d’aujourd’hui! » ou encore « Maintenant on a plus le droit de parler tranquillement à une femme dans la rue sans passer pour un violeur! ».
Alors premièrement : bien sûr que non ce n’est pas nouveau! Mais c’est juste qu’on commence à en parler plus librement (parce oui il faut bien le dire, il y a des femmes qui ont honte d’en parler, ce ne sont pourtant pas elles les coupables) et que c’est plus médiatisé qu’avant! Et deuxièmement : Là je m’adresse aux hommes pour qui ce ne serait peut-être pas clair, entre parler à une femme dans la rue (qui d’ailleurs a le droit de ne pas répondre ou s’arrêter hein, elle a peut-être envie d’être tranquille qui sait…) et lui demander son numéro ou lui montrer à quel point son fessier fait ressurgir en vous votre instinct animal il y a une légère différence, et même une limite à ne pas franchir!

Pour finir, si j’ai écris cet article, c’est aussi en guise de soutien à ma potesse de blog Lovebyjsi qui a écrit il y a quelques temps un article assez explicite sur le sujet et que vous pouvez lire ici. Puis le fait d’avoir un blog et un peu de visibilité sur internet est une bonne occasion de partager et de mobiliser encore plus de gens, alors si vous lisez cet article et que vous possédez un blog, n’hésitez pas à en parler vous aussi! Les femmes qui subissent ce harcèlement au quotidien n’ont pas toutes la possibilité de raconter leur expérience, ou de s’exprimer librement sur ce sujet… Mais nous nous pouvons alors faites tourner l’info!

Si cette cause est importante pour vous aussi n’hésitez pas non plus à partager sur les réseaux sociaux, à recommander à votre entourage et tout ça pour sensibiliser le plus de gens possible!

Après ce long article rédigé un peu à la va-vite par manque de temps et de connexion internet (il se peut donc qu’il y ait des oublis ou des confusions), je vous propose de réagir par commentaire, de donner vos expériences, votre ressenti en tant que femme et en tant qu’homme pour les rares qui passent par ici, libre à vous de compléter ou de critiquer mes propos! 

 

Je ne suis pas féministe, je veux juste être tranquille.